A son arrivée en Colombie, PBI a ouvert deux bureaux, l’un à Bogota et l’autre à Barracanbermeja (Santander) à partir desquels il est possible de couvrir de nombreuses régions du pays. A partir de ces deux bureaux, PBI a étendu sa présence à la région d’Uraba dans le nord du pays avec l’ouverture en 1999 d’un bureau à Turbo, qui sera transféré en 2011 à Apartado.

La situation des défenseur.e.s des droits humains en Colombie est extrêmement compliquée. Les organisations de défense des droits humains sont l’objet de nombreux incidents de sécurité qui se matérialisent par des menaces, de la surveillance, des opérations illégales de renseignement, des campagnes de dénigrement, des agressions physiques, des enlèvements, des tentatives d’assassinats et des assassinats.

Le conflit armé colombien qui dure depuis près de 60 ans et qui a déjà fait plus de 220 000 morts et environ 6 millions de victimes a bénéficié d’une attention particulière lors des négociations de paix qui se sont déroulées de 2012 à 2014 entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie). L’accord de paix signé le 2 octobre 2016 suite à ces négociations aurait pu présager une amélioration de la vie quotidienne des colombiennes et des colombiens et de la situation de sécurité générale.

Malheureusement, les derniers chiffres sont alarmants : selon un rapport de 2018 du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Colombie, les victimes de déplacement forcé interne en Colombie aurait atteint les 7,4 millions faisant ainsi de la Colombie le pays avec le plus de personnes déplacées internes au monde. Malgré la démobilisation de plus de 10 000 combattantes et combattants des FARC, le conflit interne colombien continue de faire de nombreuses victimes, car il existe d’autres groupes armés illégaux qui continuent de sévir et qui se disputent les territoires abandonnés par les FARC. Depuis 2015, selon l’ONG Global Witness, le nombre d’assassinats de leadeurs sociaux et défenseur.e.s de droits humains et écologistes n’a cessé d’augmenter, et a culminé en janvier 2018 avec 21 assassinats en 31 jours.

 

Pour comprendre ce que PBI fait en Colombie, vous pouvez visionner la vidéo "Que fait PBI en Colombie".

Pour plus d'information sur PBI Colombie consultez la page internet (disponible en espagnol et en anglais), Facebook et Twitter du programme et découvrez les actualités liées à ce programme.

 

Objectifs

  • Contribuer à ce que les personnes qui défendent les droits humains et les communautés déplacées puissent rentrer chez elles et exercer leur travail en toute sécurité, en leur offrant un accompagnement protecteur.
  • Informer de façon continue sur les problématiques liées à la situation des droits humains et des personnes qui travaillent dans ce domaine à travers des réunions bilatérales avec le gouvernement et les autorités colombiennes ainsi qu’avec la communauté internationale présente dans le pays.
  • Informer également à un niveau plus étendu la communauté internationale et l’opinion publique internationale sur la réalité et le travail des défenseur.e.s des droits humains colombiennes et colombiens.
  • Renforcer les capacités d’autoprotection des organisations locales en les accompagnant dans leur processus de réflexion et de construction de stratégies, ainsi que dans leur travail de reconstruction du tissu social.

Fonctionnement 

PBI Colombie est composé de trois équipes de terrain basées à Bogota, Barrancabermeja et Apartado, qui réunissent au total une vingtaine de brigadistes de terrain. Les brigadistes de terrain réalisent les missions d'observation et d'accompagnement et sont appuyé.e.s dans leurs tâches par une ‘équipe d’appui’ à Bogota, composée de personnes avec des qualifications spécifiques et qui exécutent des tâches particulières comme la recherche de fonds, l’appui à la reconstruction du tissu social, la gestion de la sécurité informatique, etc.

Actions

L'équipe de PBI Colombie réalise toutes les activités mentionnées dans la rubrique Nos actions. L'une des spécificité du programme est son travail de formation à la reconstruction du tissu social.

Organisations, communautés et personnes accompagnées

PBI Colombie accompagne de façon holistique les membres d’environ 15 organisations et plusieurs défenseur.e.s de droits humains ainsi que trois communautés de populations déplacées de plus de 4 000 personnes à travers l'accopmpagnement de la Commission interecclésiale Justice et Paix (CIJP) et une directement.

Association des confréries agroécologiques et minières de Guamocó - Aheramigua

L’Aheramigua a été créée par des paysannes et des paysans du village La Marisosa, dans la région Guamocó (sud de Bolívar) en 2008. Leur objectif principal est de lutter pour le respect des droits humains, pour leur maintien sur ce territoire et en faveur d'une vie digne pour les peuples originaires ou installés dans la région du Guamocó.

Association paysanne de la vallée du fleuve Cimitarra - ACVC

L'ACVC oeuvre en faveur du respect des droits humains et lutte pour le maintien des populations déplacées sur ce territoire ainsi que pour la redistribution des terres. Elle concentre son travail sur la zone de réserve paysanne et le développement de projets agricoles. L’association est composée de 120 groupes d'action communautaire situés dans huit municipalités de la région du Magdalena Medio. Les projets productifs gérés par l'association visent à garantir la sécurité alimentaire de la population rurale du fleuve. L'ACVC vise à contenir l'extension de la frontière agricole, à dénoncer la concentration illégale des terres, à créer les conditions pour le développement durable de l'économie rurale et à réglementer l'occupation de la terre en donnant la préférence aux paysannes et paysans pauvres. PBI accompagne l'ACVC depuis 2007.

Association pour la recherche et l'action sociale - NOMADESC

NOMADESC est une organisation fondée en 1999 qui conseille et accompagne les femmes autochtones, afro-descendantes et paysannes dans la défense des droits humains. L'organisation est basée à Cali (Valle del Cauca) et travaille principalement dans le sud-ouest de la Colombie dans les départements de Valle del Cauca, Cauca, Huila et Nariño - des zones caractérisées par l'intensité du conflit social et armé. Le travail de recherche effectué par NOMADESC se concentre sur les causes et les conséquences du conflit armé, sur l'impact de l'exploitation minière et sur les violations des droits humains. PBI accompagne Berenice Celeyta, la présidente de l'organisation, depuis 1999 et l'organisation NOMADESC depuis 2011.

PBI France a reçu Berenice Celeyta pour une tournée en France en mars 2017.

Claudia Julieta Duque

Claudia Julieta Duque est une journaliste correspondante de la Radio Nizkor qui fait des enquêtes pour le Collectif d'avocates et avocats José Alvear Restrepo. Elle travaille sur les questions de la disparition forcée, sur le recrutement d'enfants par les acteurs armés légaux et illégaux et sur l'infiltration de groupes paramilitaires au sein des gouvernements. Duque a été l'une des journalistes interceptées de manière illégale par l’ex-Département de renseignement de l'Etat (DAS) et reçoit des menaces depuis 2001, date à laquelle elle a commencé à travailler avec le Collectif d'avocates et avocats José Alvear Restrepo sur l’enquête sur l'assassinat du journaliste Jaime Garzón en août 1999. PBI accompagne Claudia Julieta Duque depuis 2010.

Collectif d'avocates et avocats José Alvear Restrepo - CCAJAR

Le CCAJAR est une ONG composée de 28 avocates et avocats et de 50 techniciennes et techniciens juridiques qui militent pour la défense des droits humains et représentent les victimes du conflit armé devant le système juridique colombien et la Cour pénale internationale. Le Collectif a été fondé en 1980, et dans les années 90 a été créée une équipe de soutien juridique aux victimes devant les Nations unies, l’Organisation des états américaines (OEA) et l’Organisation internationale du travail (OIT). Le CCAJAR a adhéré à l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH). Il a notamment dénoncé les cas d'interceptions illégales de communication des membres des partis d’opposition, de certains juges, de journalistes et de membres d’ONG. Il a également travaillé sur le cas de l’assassinat du célèbre journaliste Jaime Garzon en 1999 par les paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), ainsi que sur la condamnation de l’Etat Colombien dans l’assassinat du célèbre chef politique du parti de gauche de l’Union Patriotique (UP), Manuel Cepeda Vargas en 1994. PBI soutient ce collectif à Bogota depuis 1995.

Collectif d'avocates et avocats Luís Carlos Pérez - CCALCP

Ce collectif à but non lucratif assiste juridiquement des communautés dans leur lutte pour le respect des droits humains. L'organisation milite pour le développement d'une société démocratique, pluraliste, tolérante et respectueuse des droits humains et du Droit international humanitaire. Les membres du CCALCP conseillent les victimes de violations des droits humains et soutiennent les organisations civiles qui revendiquent leurs droits - et notamment le droit à la terre et à l'autodétermination des peuples - et cherchent à protéger la biodiversité dans les régions de Magdalena Medio, Santander et Catatumbo. PBI accompagne le Collectif depuis 2006.

Commission interecclésiale de Justice et Paix – CIJP

La CIJP est une ONG colombienne fondée en 2002 qui milite pour la défense des droits humains. Composée de 55 membres de l'église presbytérienne, elle poursuit le travail réalisé par la Commission intercongrégationale de Justice et Paix depuis 1988 avec des communautés de victimes du conflit armé qui affirment leurs droits dans divers territoires colombiens. La CIJP soutient les expériences locales de vérité, de justice et de réparation qui cherchent une solution politique négociée au conflit armé interne. Le travail de la Commission se concentre sur la protection des communautés autochtones, métisses et afro-colombiennes et de leurs territoires et sur la lutte contre l'industrie des biocarburants et ses implications pour la sécurité alimentaire. La Commission dénonce également la violation des droits humains par les acteurs du conflit armé en Colombie et travaille dans huit départements du pays. PBI accompagne la CIJP depuis 1994.

Communauté de paix de San José de Apartado - CPSJA

Depuis les années 70, la région d'Uraba, au nord-ouest du pays, a subi une forte dégradation du conflit armé. Les FARC et l'Armée populaire de libération (EPL) se sont installés dans la région pour sa position géostratégique et, en 1996, les groupes paramilitaires ont commencé à leur disputer la région. Malgré l’escalade de la violence, une partie de la population civile a résisté et a créé la Communauté de paix de San José de Apartadó, en se déclarant neutre dans le conflit et en rejetant la présence des groupes armés sur son territoire. Depuis sa création, le 23 mars 1997, plus de 200 membres de la communauté ont été assassinés ou disparus. En février 2005, trois enfants et cinq adultes, dont le leader Luis Eduardo Guerrera, ont été victimes d'un massacre perpétré par les forces armées et paramilitaires. Malgré tout, la communauté continue de lutter contre le renforcement des groupes armés illégaux qui sont apparus après la démobilisation des paramilitaires entre 2003 et 2006, et qui continuent de menacer et stigmatiser la population - particulièrement depuis la signature des accords de paix entre l'Etat et les FARC en 2016. La communauté est principalement accompagnée par PBI depuis 1999, par l’organisation Fellowship of Reconciliation (FOR) et par l'organisation italienne Operazione Colombia.

Corporation d'action humanitaire pour la coexistence et la paix du nord-est d'Antioquia - Cahucopana

La corporation a été créée en 2004 par plus de 400 paysannes et paysans afin de dénoncer la crise humanitaire et de créer des espaces de formation pour la défense et la promotion des droits de la paysannerie.

Corporation juridique pour la liberté - CJL

La CJL est une association d’avocates et avocats qui travaille pour la défense des droits humains dans les départements d’Antioquia et Chocó depuis 1993. Cette organisation fait partie d’un réseau de 16 autres organisations qui composent le Projet pour la mémoire historique « Colombia Nunca Más ». La Corporation soutient légalement les victimes de violation des droits humains et accompagne les communautés dans leurs activités de résistance et de défense du territoire. La Corporation fait aussi des enquêtes sur l’impunité dans des cas de violations des droits humains, comme l’enlèvement de 15 paysans de la Vereda la esperanza en 1996 par les paramilitaires du Magdalena Medio. Elle représente les familles de victimes de l’opération militaire Orion dans la comuna 13 à Medellin ainsi que des victimes dans des cas d'exécutions extrajudiciaires commises par les forces armées en 2006. PBI a accompagné formellement la Corporation de 2001 à 2016. Depuis 2016, la CJL est considérée comme une alliée stratégique de PBI Colombie.

Corporation régionale pour la défense des droits humain - CREDHOS

La CREDHOS est une organisation non gouvernementale, composée par les membres de la société civile de la région du Magdalena Medio. Fondée en 1987, cette organisation milite pour la défense et la protection des droits humains, la démocratie et le respect du Droit international humanitaire. Basée à Barrancabermeja (Santander), sa mission est d'assurer des formations sur la résolution des conflits armés et de faire des recherches sur les violations de droits humains par les acteurs du conflit armé. L’organisation fournit également une assistance juridique aux victimes et publie des rapports sur la situation des droits humains dans la région. PBI accompagne la CREDHOS depuis 1994.

Corporation sociale du conseil et de la formation communautaire - COS-PACC

Cette organisation travaille avec les victimes de violations des droits humains qui se produisent dans les régions de Casanare, Boyacá, Arauca, Tolima et Cundinamarca, et oeuvre en faveur de la reconstruction du tissu social et la création d'une école permanente des droits humains. Elle promeut la production écologique comme moyen d'accéder à la souveraineté alimentaire. Souhaitant sensibilise la communauté internationale sur la réalité des communautés de ces régions, la corporation a notamment publié un rapport sur les impacts négatifs sur l'environnement de l’extraction de pétrole effectuée par l'entreprise multinationale British Petroleum dans la région de Casanare. PBI accompagne la Corporation depuis 2009.

Fondation Comité de solidarité avec les prisonniers politiques - FCSPP

Le Comité a été fondé en 1973 dans un contexte de poursuite judiciaire de nombreux leaders syndicaux, étudiant.e.s et opposant.e.s politiques en Colombie. Actuellement, le Comité assiste juridiquement les prisonniers politiques et dénonce les conditions d'enfermement dans les prisons (surpeuplement, restrictions de l'accès à l'eau et absence de soins médicaux). L'organisation représente aussi juridiquement les familles de victimes d’exécutions extrajudiciaires par les forces armées et travaille sur le cas de la torture et de l’assassinat du syndicaliste Luciano Romero Molina en 2005 à Valledupar par les paramilitaires de la région de César. PBI accompagne le Comité depuis 1998.

Jorge Molano et DHColombia

Jorge Molano est un avocat défenseur des droits humains qui a travaillé pour diverses organisations comme la Ligue internationale pour les droits et la libération des peuples, la Société pour la liberté de la magistrature, la Commission interaméricaine de la Congrégation de Justice et Paix et le Centre de recherche et d'éducation populaire (Cinep). Actuellement, il représente les familles des victimes dans l'affaire de disparition forcée de civils au Palais de Justice en 1985. Il travaille également sur des cas d’exécutions extrajudiciaires à Manizales et représente les familles des jeunes assassinés par un bataillon de la contre-insurrection armée. Il appui juridiquement la Communauté de paix de San José de Apartado et représente les parents de l'étudiant Johnny Silva, assassiné en 2005 par la police lors d'une manifestation de l'université de Valle del Cauca. PBI accompagne Jorge Molano depuis 2009. Depuis 2016, PBI Colombie accompagne également German Romero, également membre de DHColombia